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Tout commence dans un appartement froid, anonyme dans lequel le père, la mère et l'enfant nouveau-né emménagent. Cela pourrait être n'importe où, à une époque où la terreur aurait pris le dessus sur la vie. Quelques années plus tard l'enfant devenu adulte est l'un des lieutenants d'une police militarisée en guerre contre sa propre population. Programmées pour chasser, interroger, déporter et éliminer les civils selon un code bien établi, les troupes traversent le territoire dont il ne subsiste que ruines et désolation. Dans une langue elliptique dont la syntaxe est toujours en suspend les personnages côtoient à chaque instant l'imminence d'une mort certaine. L'ex-enfant devenu bourreau, étire l'attente insoutenable de ses victimes dans une curiosité malsaine…une question anime alors toutes ses (ex)actions: que se passe-t-il lorsque l'on se trouve au bord de la vie?
La violence dépeinte sur le plateau est tout à fait haïssable. Les longues scènes de supplices infligés tour à tour aux victimes et à un homme cherchant la justification de sa monstruosité dans le point de tangence entre la vie et la mort sont profondément révoltantes. Et c'est là que se trouve la force de Naitre. Certains spectateurs céderont et quitteront, à tort, la salle. Le propos sonne comme un avertissement. Certes il ne s'agit là que de théâtre, de représentation, mais la monstruosité latente, atavisme de l'homme et de ses organisations politiques n'a besoin que de peu de choses pour faire basculer le monde. Le Naître d'Alain Françon est une pièce remarquable que l'on osera à peine applaudir, tant elle est dérangeante.
Naitre d'Edward Bond, mise en scène d'Alain Françon, jusqu'au 22 décembre 2006 au Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte Brun, Paris 20eme.
Publié le 26/11/2006 à 09h34 dans Théâtre/Danse