Mettons d’entrée de jeu de coté dans cet article la qualité musicale des représentations de Lohengrin données à l’Opéra Bastille. Point de Valery Gergiev pour nous, mais la direction de Michael Guttler face à un orchestre qui ne cesse d’étonner saison après saison n’avait rien des faiblesses que l’on pourrait attendre d’un « remplaçant ». Seuls les sourds persisteront à vilipender Mireille Delunsch, pourtant admirable dans le rôle d’Elsa. Si nous n’allions à l’opéra que pour la musique, la soirée eut été superbe. Mais comment faire abstraction de cette épouvantable mise en scène de Robert Carsen ? Créée en 1996 cette production pourrait sembler avoir subi les outrages du temps. Mais la médiocrité n’ayant jamais été un parangon esthétique, pas plus dans les années 90 que dans une autre décennie, l’hypothèse d’un ratage originel semble plus plausible.
Rien ne peut compenser la bien pauvre lecture que fait le metteur canadien du mythe médiéval de Lohengrin. Pas plus les incursions dans le kitsch non assumé (le combat du rôle titre et Telramund, l’apparition du cygne dans un décors de boule à neige) que les tours de passe-passe grotesques (la manipulation peu habile dévoilant Gottfried). Non Monsieur Carsen, peupler le plateau de dizaines de figurants et chanteurs ne vous permet pas de dissimuler l’imposture qui caractérise votre infertile exégèse du livret de Wagner. Votre production devrait prendre le chemin des espaces de stockage de l’Opéra National de Paris pour ne jamais en resortir.
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