Une année sur deux, les plateaux des théâtres du département du Val de Marne se font espaces privilégiés pour la diffusion de la danse. Le festival de la Biennale Nationale de Danse du Val de Marne, puisque c'est de cela qu'il s'agit, n'est que la partie la plus visible des activités de cette institution historique du paysage chorégraphique nationale. Mais qui parle de visibilité ne peut éluder l'impact symbolique que celle-ci a sur la perception de cette organisation par le public.
En nous présentant certains chorégraphes, la biennale doit faire montre publiquement une fois tous les deux ans de ses prises de positions esthétiques et de son engagement. Quoi de plus triste donc que de voir s'ouvrir cet évènement par une création toute récente de Daniel Dobbels et Gérard Pesson, réspectivement chorégraphe vieillissant et compositeur poussiéreux? Si l'affiche nous paraissait déjà étonnante pour une soirée de cette importance, le résultat nous plongea dans l'expectative.
Rien, absolument rien de ce qui ne se passa sur le plateau, ne parvenait à nous sortir de cette impression tenace de déjà vu. Oui, ce style de danse néo-classique était novateur il y a quatre ou cinq décennies. Aujourd'hui il n'a plus qu'une saveur bien fade. Oui, Gérard Pesson pouvait peut être passer jadis pour un compositeur en devenir (on pardonne beaucoup à la jeunesse). Aujourd'hui son pillage systématique de l'histoire de la musique française (de Debussy à Messiaen en passant par Jolas, son professeur) nous désespère de ses talents musicaux. La biennale soutient de la création? De la (re)création plutôt, d'une sauvegarde d'un certain patrimoine qui fleure la Naphtaline. Point de hasard si cette soirée d'ouverture s'est déroulée devant une salle au tiers vide.
D'accord avec vous pour l'ouverture sur des travaux importants, voir historiques. Ce qui me semble regrettable c'est la portée symbolique de cette création qui, à peine née, semble déjà un pied dans le tombeau.
je vous lis savec intérêt, et trouve vos choix souvent judicieux. Je suis donc d'autant plus surprise de votre méconnaissance d'un des meilleurs compositeurs français actuels, Gérard Pesson, qui loin de spolier Debussy ou Messiaen(!!???!!) comme vous le pensez, adopte dans sa démarche une attitude à la fois critique et experimentale face au poids écrasant de la tradition musicale occidentale. En effet, sa musique est un prisme à travers lequel l'auditeur éprouve des sensations de réminiscence qu'il qualifierait lui-même de proustiennes.
Il y a une nuance de taille entre la démarche ostensiblement conservatrice de bon nombre de compositeurs actuels et la finesse du travail de Pesson, même si son côté dix-neuvièmiste peut parfois abuser les critiques trop promptes....