C’est lorsque le public et ses clameurs sont partis que le théâtre devient un lieu d’extrême solitude pour Svetlovidov, comédien sénescent au crépuscule de sa carrière. Surpris par le sommeil dans sa loge à l’issu d’une représentation, il ne lui reste pour passer la nuit que l’obscurité et l’écho d’un lieu désespérément dépeuplé, si ce n’est pour la présence fantomatique du souffleur. Le Chant du Cygne, bref drame de 25 minutes nous plonge au coeur du questionnement d’un bouffon ayant oublié jusqu’à l’essence de son art pour « divertir les oisifs » et qui n’en aura retiré qu’un amour feint, une indifférence réelle. Avant de tirer sa révérence, un dernier soubresaut de Svtetlovidov, déclamant quelques bribes de Boris Godounov, Lear ou Hamlet nous prouve qu’il est encore capable de vérité. Ce court prélude, dont on ne percevra que les voix et les ombres, se suffirait presque à lui-même tant il est joué d’une manière remarquable.
Alain Françon aura choisi Platonov, texte de jeunesse maintes fois retravaillé, pour compléter le programme de cette soirée consacrée à Tchekhov. En montant la version « longue » de ce manuscrit, le directeur du Théâtre de la Colline s’est attelé à une tache de grande ampleur.
Dés le lever de rideau sur un intérieur bourgeois, la société qui nous est dépeinte présente tous les maux d’une époque caractérisée par l’immédiateté. D’une scénographie classique naît un certain décalage avec l’interprétation d’un cynisme exquis. Chaque personnage semble présenter les vices d’un monde au bord du gouffre. Vices qui semblent tous concentrés par le personnage de Platonov, sorte de dandy roi de l’esclandre et de la séduction. Si la première partie de la pièce se révèle d’une effervescence particulièrement jouissive, le dénouement, lui, sombre dans l’emphase mélodramatique et l’excès du jeu de certains comédiens. La version « courte » n’aurait elle pas été suffisante ?
Le Chant du Cygne/Platonov, jusqu’au 23 décembre 2005, Théâtre de la Colline, Paris 20eme
Merci pour vos articles. Ils me font réfléchir et j'y trouve un écho rare et agréable.
Céline
Je partage votre opinion sur le cynisme qui marque le début de la pièce et dont je me suis délecté.
A cet égard Jai trouvé la seconde partie de Platonov un peu décevante. Lexcès était sans doute nécessaire et mon regret porte plutôt sur le choix de la version intégrale du texte, dont on ne sait si elle correspond véritablement aux désirs de Tchekhov.
Pour le Chant du Cigne, je serai plus sévère. Jean-Paul Roussillon s'est un peu trop pris au jeu de son personnage blasé par le théâtre. C'était certes émouvant mais on y aurai vu Michel Simon, on aurait pu facilement imaginer mieux. Cela manquait un tant soit peu d'intensité...
Je suis trop dure?
Merci pour vos réponses!!!
D'autres part je me permetrais de faire une critique un peu différente de la votre : Alain Françon a voulu, ce qui me parait louable et important, rendre a "Platonov" son aspect comique (chose qui avait été enclenchée par Vilar en son temps, lorsque la France découvrais la pièce), toutefois, il n'y a que cette intention qui soit louable puisque le résultat est alarmant. Apparemment effrayé par le spectre d'une représentation convenu de Tchekhov (jeu de l'ennui, drame psychologique), Alain Françon perd l'équilibre qu'il aurait fallu trouver et bascule dans une bouffonerie mal venue.
L'important est peut etre que ça plaise ?
Oui, mais certainement pas au détriment d'une qualité artistique comme c'est le cas.
Un "Platonov" joué a 200 à l'heure, retraçant l'histoire et trouvant des effets comiques simples, ne faisant ressortir aucunement les enjeux de la pièce et des personnages... Cà plait peut etre, d'un côté tant mieux, mais çà fait mal.
Tchekhov se retourne dans sa tombe, Lacascade et Lassale n'ont pas de concurence.
Peut etre suis-je un peu dur.
J'appel chacun a me rapeler à la raison...si il le faut.
Mon emploi de guillemets pour qualifier les différentes versions du texte fait référence aux notes de programme qui qualifiaient la version choisie par Françon de « longue ». Ayant été passablement déçu par la deuxième partie de la pièce, jaurais préféré quune version « courte » (toujours avec l'emploi de guillemets) lui soit substituée.
Merci également d'avoir répondu à mon commentaire.
Votre commentaire était tout à fait intéressant et apportait des éléments que je n'avais pas mentionnés.
Et si peux me permettre, je trouve vos critiques un peu dures!!! Limite aigries!
J' ai été voir ce spectacle et j'ai été conquise!! Moi qui m'attendai à une pièce soporifique j'ai été agréablement surprise. J'ai vraiment beaucoup aimé la mise en scène ainsi que la scénographie.
La mise en scène correspond certainement à ce que Tchekov aurait lui - même monté pour ce spectacle. Un peu d'humour et un bon jeu de la part des comédiens, on ne s'ennui pas !