Dimanche 26 novembre 2006
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Tout commence dans un appartement froid, anonyme dans lequel le père, la mère et l'enfant nouveau-né emménagent. Cela pourrait être n'importe où, à une époque où la terreur aurait pris le dessus sur la vie. Quelques années plus tard l'enfant devenu adulte est l'un des lieutenants d'une police militarisée en guerre contre sa propre population. Programmées pour chasser, interroger, déporter et éliminer les civils selon un code bien établi, les troupes traversent le territoire dont il ne subsiste que ruines et désolation. Dans une langue elliptique dont la syntaxe est toujours en suspend les personnages côtoient à chaque instant l'imminence d'une mort certaine. L'ex-enfant devenu bourreau, étire l'attente insoutenable de ses victimes dans une curiosité malsaine…une question anime alors toutes ses (ex)actions: que se passe-t-il lorsque l'on se trouve au bord de la vie?
La violence dépeinte sur le plateau est tout à fait haïssable. Les longues scènes de supplices infligés tour à tour aux victimes et à un homme cherchant la justification de sa monstruosité dans le point de tangence entre la vie et la mort sont profondément révoltantes. Et c'est là que se trouve la force de Naitre. Certains spectateurs céderont et quitteront, à tort, la salle. Le propos sonne comme un avertissement. Certes il ne s'agit là que de théâtre, de représentation, mais la monstruosité latente, atavisme de l'homme et de ses organisations politiques n'a besoin que de peu de choses pour faire basculer le monde. Le Naître d'Alain Françon est une pièce remarquable que l'on osera à peine applaudir, tant elle est dérangeante.
Naitre d'Edward Bond, mise en scène d'Alain Françon, jusqu'au 22 décembre 2006 au Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte Brun, Paris 20eme.
Par Xav
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Mercredi 22 novembre 2006
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14:31
Déconstruire le mythe féérique de Walt Disney, le fouler au pied et le maculer d’une critique bileuse, c’est sans nul doute l’objectif visé par la dernière création d’Ann Liv Young. Sorte de comédie musicale décadente dans laquelle Blanche Neige mènerait la danse tel un cours d’aérobic, Snow White mêle avec peu de réussite les vieux tubes des années 80 (hurlés plus que chantés) et les textes à la pornographie provocatrice revendiquée avec peu de réussite.
Il n’y a point de pureté dans l’univers d’Ann Liv Young. Ici tous les artifices du spectacle sont mis à nu dans une sorte de tourbillon nihiliste. Au delà de la revendication féministe rebattue et peu nuancée, le seul discours qui prévaut est celui d’une crétinerie quasi-punk. Rien ne peut alors sauver ce spectacle, même pas l’odeur de souffre dont semblent l’avoir entouré les médias et qui n’est sans doute pas étranger au remplissage de la salle. Avec cette création, Ann Liv Young participe d’une tendance très actuelle et ô combien regrettable de la création contemporaine, celle qui consiste à masquer la vacuité du propos en barbotant dans les eaux croupissantes d’une provocation devenue synonyme d’académisme. Seulement voilà, cette Blanche Neige ennuie plus qu’elle ne bouscule et afflige bien plus qu’elle ne dérange.
Snow White d'Ann Liv Young, jusqu'au 25 novembre 2006 au Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris 11eme.
Par Xav
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Dimanche 5 novembre 2006
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Créée en 1994 par le fondateur de Benetton, la Fabrica apparaît comme une institution hors normes. Si ce centre basé à Trévise accueille aujourd'hui de nombreuses disciplines artistiques (design, vidéo, arts graphiques, multimédia), il avait d'abord été pensé comme un lieu de réflexion unique sur les problématiques de communication publicitaire. Certaines des expériences menées à la Fabrica se matérialisèrent dans les campagnes de publicités du fabricant de pulls italien; chacun se souvient aujourd'hui des séries de photos volontairement provocatrices placardées dans les plus grande villes d'Europe.
La Fabrica aurait donc pu rester le simple outil de Benetton si elle n'avait progressivement ouvert ses portes à des pratiques s'éloignant de manière croissante de son activité originelle. Ainsi, ce centre entièrement financé par les fonds d'un grand groupe privé (chose qui apparaîtrait comme un sacrilège dans notre pays), a évolué jusqu'à devenir un lieu de résidence et de formation réputé pour les jeunes artistes. L'exposition que propose le Centre Pompidou nous permet de découvrir le foisonnement et la fraîcheur des idées développées à La Fabrica. Les œuvres, tantôt du domaine artistique ou du champ de la pédagogie multimédia, reflètent une réelle préoccupation de transmission et d'ouverture sur les sociétés contemporaines.
Parmi les travaux présentés, des exemplaires originaux du magazine Colors, initiative originale et participative, invitent à la lecture d'une alternative à la vision du monde présentée par les médias traditionnels. Plus loin, des installation multimédias nous invitent à écouter des scientifiques s'exprimer sur les enjeux démographiques, économiques et environnementaux de notre époque. L'impression d'émulation et la caractère didactique marqué des travaux rompent avec la volonté élitiste qui semble parfois gangrener la création contemporaine. Un bol d'air frais à ne pas manquer.
Fabrica: les yeux ouverts, jusqu'au 13 Novembre 2006, Foyer du Centre Pompidou Paris 4eme.
Dimanche 22 octobre 2006
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Les lecteurs de ces colonnes savent que les expositions présentées au Centre Culturel Suisse ne manquent jamais de susciter la perplexité. Il faut dire que peu de lieux persistent à présenter des travaux contemporains d'une manière si obscure. Il y'a une violence certaine dans la façon dont le centre dirigé par Michel Ritter bombarde, exposition après exposition, son public, sans aucune considération pour celui-ci…comme si les éléments communément admis dans d'autres lieux (quelques cartels, une scénographie réfléchie, un minimum de médiation) n'étaient qu'avilissement et vulgarisation méprisable du travail des artistes helvétiques.
Ainsi aurait-il pu nous être donné quelques éléments sur la manière dont Roman Signer, artiste dont le principal trait est une idiotie revendiquée, a été choisi pour représenter la Suisse à la prochaine biennale de Venise.
Car si l'idiotie est depuis longtemps revendiquée par certains artistes comme valeur esthétique, elle est parfois portée par un discours cohérent. Ici il n'en est rien. Roman Signer se vautre avec bonheur dans le crétinisme absolu: piscine gonflable collée au plafond par une soufflerie, chaise propulsée par des fusée d'artifices, écriture à l'aide de fumigènes…tout ici semblerait amusant si effectué par un enfant de 6 ans…mais notre sale gamin en a 68, ce qui le rend particulièrement exaspérant. De colère on se laisserait presque prendre au jeu de la sottise, résistant difficilement aux multiples tentation offertes par l'exposition : pétards (a allumer), fils (à couper) et ballons (avec lesquels s'amuser). A vous de jouer!
Aller-Retour 3 Roman Signer, jusqu'au 12 novembre au Centre Cutlurel Suisse, 38 rue des Francs Bourgeois, Paris 3eme.
Samedi 21 octobre 2006
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19:38
On a peu l'habitude d'être happé par les expositions par les expositions photographiques présentée dans le hall de la Maison des Arts de Créteil. Bien souvent anecdotiques, les travaux présentés suffisent à peine à effacer le désœuvrement d'un public dont l'objectif principal est d'attendre l'ouverture des portes de la grande salle. Pourtant en apercevant, même à distance, ces poissons dans des saynètes minutieusement orchestrées, il est impossible de ne pas être intrigué, de se rapprocher, puis d'être captivé par l'univers si personnel d' Anne-Catherine Becker-Echivard. Faisant appel à de situations quotidiennes ou à l'imaginaire collectif, la photographe compose, avec un soucis extrême du détail, des images qui si elles sont éminemment humoristiques nous renvoient à la désespérante réalité de nos existences contemporaines. Car au delà de la fantaisie c'est bien un réalisme parfois tragique et souvent grotesque qui transparaît. Les tirages en grand format et d'une très grande qualité font de cette exposition un immanquable.
Anne-Catherine Becker-Echivard, Temps Modernes jusqu'au 24 novembre 2006 à la Maison des Arts, Place Salvador Allende, Créteil.
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